Je suis un lâche, et je le dis, haut
et fort, avec la honte et l'estomac noué. Je suis lâche de ne pas
vivre la vie telle que je la voudrais. Je suis lâche de poursuivre
le chemin tel que je le poursuis. Je suis lâche de demeurer devant
l'ordinateur, de vivre ma vie, telle que je la vis, de laisser le
monde ployer autour de moi et modifier mon essence jusque dans ses
profondeurs. Je vois ce monde tel qu'il est, et je ne le supporte
pas. Il m'écoeure. Il aurait dû être autrement. Il aurait dû être
plus sain, plus juste, plus humain. Il n'aurait pas dû voir les
milles dégénérescence qui détruisent peu à peu les vieux idéaux
de mon esprit. Il n'y aurait pas eu le 11 septembre, ni les viols
tous les jours, ni les meurtres que l'on voit passer comme des
statistiques.
Je pourrais dire que mes parents m'ont rendu
ainsi. Je pourrais dire que j'ai été brimé au point que je ne suis
ni ne serai celui que j'aurais voulu être. Je pourrais maudire
ceux-là qui m'ont mené la vie dure, ces amis qui m'ont trahi ou
abandonné, ces amours que j'ai perdu, ces personnes qui m'ont fait
mal aux moments où j'en aurais eu le plus besoin. Mais ce ne serait
qu'un prétexte.
Je pourrais m'élever contre eux, leur
cracher à la figure, les laisser derrière moi, et les laisser dans
l'ombre de mon passé, comme un scorpion se débarrasse d'une mue qui
l'aurait tué. Je pourrais refuser leur existence, et dire qu'ils ne
méritent pas de porter le nom de parents. Je pourrais. Mais ça ne
changerait rien.
Je pourrais dire que les
immigrés sont en train de modifier ce pays, et que c'est à cause
d'eux que ce monde ne va pas, et que tout va à l'envers. Je pourrais
dire que je ne trouve pas ce que je recherche car ils sont venus et
ont commencé à saccager ce pays, de sorte qu'il ne lui reste rien
de ce qu'il aurait dû être, et que c'est pour cette raison que tout
s'écroule. Mais ce ne serait qu'un prétexte.
Je pourrais m'engager dans la lutte,
voter front national, chercher à sécuriser le pays. Je pourrais
descendre dans la rue pour demander plus de légitimité pour la
France, scander quelques paroles bien sentie, qu'un autre aura dit ou
en inventer moi-même. Marcher dans les manifestations, et aller
voter le cœur fier. Mais ça ne changerait rien.
Je pourrais
dire que les musulmans, ou les chrétiens, ou les juifs, sont en
train de défigurer l'humanité à se massacrer, à chercher à
s'imposer ou à survivre. Je pourrais dire que les religions sont le
fléau de notre temps, et qu'il faut les exterminer car elles ont
produit les croisades, l'inquisition, les meurtres pour venger
l'honneur, la guerre au proche-orient, et le onze septembre. Mais ce
ne serait qu'un prétexte.
Je pourrais m'inscrire sur
atheisme.free.fr, faire du militantisme, demander à ce que les
minarets soient interdits en france, et militer pour la suppression
de tous les signes ostentatoires de quelques religions que ce soit en
public au motif d'incitation à la haine. Je pourrais chercher à
rendre le monde plus juste. Mais ça ne changerait rien.
Je pourrais dire que le monde perd ses
valeurs morales, qu'il sombre dans la débauche, l'impiété, et le
péché. Je pourrais me faire catholique, protestant, juif,
musulman. Je pourrais chercher à militer pour un retour à la paix
et à la tolérance au nom de Dieu. Je pourrais chercher tout cela. Mais
ça ne changerait rien.
Je pourrais dire que la France est
devenue fasciste, ou communiste selon mon bord. Je pourrais dire que
les élus locaux sont incompétents, ou que ce sont les ministres, ou
même les gouvernements tout entiers qui sont à l'origine de ce
chaos. Je pourrais dire que cet état me spolie de tout ce à quoi
j'aurais pu aspirer, et que c'est pour cela que tout advient. Mais ce
ne serait qu'un prétexte.
Je pourrais entrer dans la résistance.
Voter révolutionnaire, ou tagger des slogans anarchistes. Je
pourrais déchirer des slogans UMP, ou fomenter des attentats. Je
pourrais chercher à ce que la société actuelle tombe et qu'une
autre émerge de ses cendres. Je pourrais. Mais ça ne changerait
rien.
Je pourrais dire que l'union européenne, ou l'ONU, sont
à l'origine du chaos actuel. Je pourrais accuser l'OTAN, le FMI, et
toutes ces organisations qui n'ont pour but que d'asseoir leur
contrôle sur le monde par tout les moyens possibles. Je pourrais
accuser tout cela. Je pourrais dire que le capitalisme, ou le
communisme selon mon bord, détruit le monde, et l'empêche de
s'épanouir. Je pourrais dire qu'il a été façonné pour me
maintenir dans un système d'asservissement. Mais ce ne serait qu'un
prétexte.
Je pourrais chercher à combattre le
capitalisme. Promouvoir le troc sous toutes ses formes, le recours
aux monnaies alternatives. Je pourrais voter anticapitaliste,
chercher à faire tomber le monde par ce biais. Je pourrais
promouvoir le logiciel libre, et la libre création et diffusion, je
pourrais m'engager massivement dans la diffusion illégale d'oeuvres
sous copyright. Mais ça ne changerait rien.
Je pourrais dire que j'attends de finir
quelque chose avant de partir. Que j'attends que ma situation
s'arrange. Je pourrais arguer un manque de connaissance face à
l'inconnu, un manque de capacité, et l'importance de me poser un peu
pour mieux sauter après. Mais ça ne serait qu'un prétexte. Ça ne
change rien.
Je pourrais dire que j'attends qu'une
personne me propose de partir avec elle ou sous-entende qu'elle
pourrait partir avec moi. Je pourrais dire que j'attends un peu que
certaines conditions soient réunies. Je pourrais dire cela, et je le
penserais sans doute. Mais ça n'est qu'un prétexte. Ça ne change
rien.
La vérité, je la confesse ici et
maintenant, et je reconnais par la présente que je suis responsable,
dans sa totalité, du onze septembre 2001, de la guerre en Irak, de
la marginalisation des romanichels en France, des massacres de
chrétiens et de musulmans, de la montée du fascisme, et de tous les
discours politiques, des meurtres et des viols commis. J'ai piloté
un avion. Je l'ai fourni en kérosène. J'ai aidé ceux qui les
pilotaient à croire en ce qu'ils faisaient. J'ai donné l'impulsion
matérielle, financière, théorique et rhétorique à la guerre en
Irak, j'ai dénoncé, rudoyé, violenté, expulsé des romanichels de
Frances, j'ai tué des chrétiens, des musulmans, et j'ai consacré
mon temps à l'utilisation du phénomène social afin d'écraser mon
prochain. J'ai écrit les discours, les ai validé, les ai voté et
les ai fait appliquer. J'ai insulté, frappé, gazé, enfermé,
violé, tué.
Je
suis coupable de tout cela, car je continue de poursuivre mon chemin
dans la société plutôt que de la quitter en emportant ou pas des
personnes avec moi. Je suis coupable en tant que Français qui
conserve sa carte d'identité, en tant que possesseur d'un compte
bancaire, en tant qu'électeur. Et je suis un lâche, car je n'ose
pas me regarder en face, et préfère me cacher derrière des plus
tard.
« Si
vous cherchez un coupable, regardez dans un miroir ». Je l'ai
fait. Et ce que j'y ai vu n'a rien de glorieux. Alors je vous le
demande à tous : rester ainsi. Poursuivez votre route.
Ensemble, nous nous sentirons moins lâche de n'être pas parti seul.
Il
vaut mieux vivre mal accompagné que seul, n'est-ce pas ? S'il vous plaît, rassurez-moi.
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